Témoignage 40 ans : Jacques BELLONCLE
Lundi 16 juin 2008, par // SPECIAL 40 ANS
Interview de Jacques BELLONCLE - Ancien Président de l’AMENGEES (1982-1991)
AMENGEES : Peux-tu nous rappeler comment a été créée l’Amicale ? Quelle est sa genèse ?
Jacques Belloncle : L’Association Amicale a été créée officiellement le 15 mai 1968 à Montargis, à l’occasion d’un congrès annuel du Syndicat National des ITR et TGR. L’esprit amical préexistait bien avant cette officialisation, l’association en a donc hérité et a développé des vocations d’une véritable amicale d’anciens élèves.
En 1968, les ITR constituaient alors un corps de fonctionnaires essentiellement en activité dans les services départementaux du Ministère de l’Agriculture. Une majorité d’entre eux s’était regroupée dés 1927 dans un syndicat national. Les membres de ce syndicat avaient un esprit de corps très fort et étaient animés d’une sensibilité amicale de bons vivants. Ils la manifestaient notamment lors de leurs réunions régionales et de leurs congrès annuels dès 1945, lesquels se tenaient tour à tour dans chaque département. Ces rencontres bien conviviales proposaient un voyage régional touristique post-congrès. Désireux de se consacrer plus spécifiquement à sa démarche syndicale, le syndicat s’est déclaré favorable, en 1968, à un transfert de ce type d’activité vers une amicale.
Par ailleurs, dès la création de l’Ecole, puis au cours de ses étapes successives jusqu’à Strasbourg, un esprit de camaraderie et amical s’est naturellement développé entre les élèves, notamment à Strasbourg avec ses 2-3 années de formation à partir de 1960, puis parmi les nouveaux anciens élèves très attachés à l’emblème strasbourgeois, lesquels avaient majoritairement des destins professionnels similaires au sein du Ministère de l’Agriculture. Seulement quelques-uns d’entre eux étaient alors anciens civils (sans « uniformes »).
C’est aussi dans les débuts de l’ENITRTS que des élèves ont lancé en 1962 leur premier journal : le célèbre « ECHO KOCH » diffusé auprès des services départementaux, lequel a créé un lien puis une cohésion entre les anciens en activité, les nouveaux promus et leur Ecole. Compte tenu de ces éléments, héritage des anciens ITR et élan des nouveaux issus de l’Ecole, l’association s’est dénommée : « Association Amicale des anciens élèves de l’ENITRTS, et des ITR » avec son siège à Paris, avenue du Maine, puis est devenue plus tard « l’AMITR » et désormais l’AMENGEES à Strasbourg.
AMENGEES : Et ensuite, comment l’Amicale s’est-elle constituée ? Comment a-t-elle pris son élan ?
J.B : Après l’enthousiasme de sa création, l’Amicale a dû se définir plus précisément statuts et règlement. Elle s’est également préoccupée des questions budgétaires ; elle a co-créé en 1970, avec le syndicat National, l’indispensable Association Professionnelle. Enfin elle s’est organisée en vue d’assurer ses objectifs statutaires : regroupement des membres dans un sentiment de camaraderie et d’entraide, contribution au perfectionnement de la culture et de la technicité des anciens, accroissement du rayonnement et du prestige de l’Ecole.
On ne peut pas dire que les débuts aient été aisés et sans difficultés malgré les bonnes volontés. Les premiers artisans responsables de l’Amicale ont donc ramé mais ils n’ont jamais "tiré l’échelle". Les conseils et les idées ne manquaient pas mais, au delà des réunions, les capacités d’entreprendre se faisaient très distraites.
Finalement, des injections successives d’énergies nouvelles ont permis de surmonter quelques crises et, dès que l’Association fut un peu plus opérationnelle, le noyau d’amicalistes du départ s’étoffa pour atteindre après les premières années 70 environ 200 puis 300 membres.

- Voyage AMITR au Maroc en 1981
- Jacques Grasland, Marcel Héry, René Lambert, Claude Jaubert
AMENGEES : Comment l’Amicale a-t-elle développé ses activités ?
J.B : Conformément aux objectifs de l’Association, ses conseils d’administration successifs ont développé progressivement les activités suivant 3 domaines essentiels :
la camaraderie : la demande était très forte à cet égard. L’on ressentait le besoin profond de nombreux anciens de se retrouver occasionnellement, de constituer un groupe avec des repères communs et une appartenance. C’était là, je pense, à la fois l’héritage des activités extra-syndicale, et celui du séjour commun à Strasbourg. En réponse à cette demande, l’amicale a alors eu l’idée de transcender les voyages régionaux du Syndicat en proposant plusieurs années durant des voyages en pays étrangers (période 75-90) : Tunisie, Turquie, Grèce, Egypte, Maroc, Roumanie...Brésil, Russie. Cette entreprise hardie nécessita un fort investissement de mise en œuvre, mais le résultat fut un (des) succès. Chaque fois une cinquantaine de voyageurs, anciens et nouveaux anciens, y participèrent avec grande satisfaction. Ce type de voyage en groupe correspondait à une mode de l’époque. Outre les autres rassemblements rituels à l’occasion, notamment des assemblées générales organisées à partir de 1975 à Paris ou à Strasbourg, ou encore de quelques réunions du Conseil d’Administration délocalisées (ailleurs qu’à Paris et Strasbourg) des rencontres-retrouvailles furent organisées au fil des ans à l’initiative et par quelques leaders de promotions, et certains furent de belles réussites. Mais nous n’avons malheureusement pas réussi, comme encore maintenant, à mobiliser à chaque occasion un nombre très satisfaisant de participants, ceci étant pour l’essentiel lié à leur dispersion géographique.
la formation (perfectionnement des connaissances et de la technicité) : l’action de l’Amicale dans ce domaine a été très liée à celle de l’Ecole qui, comme encore maintenant, a sollicité l’association dès son origine pour participer aux différents conseils rituels de l’Etablissement ; conseil général, conseil de l’Enseignement et de la Pédagogie, commission de la formation continue. Elle n’a pas manqué à chaque occasion de faire valoir les attentes des anciens.
le rayonnement et le prestige de l’Ecole : l’Amicale a sollicité de nombreux anciens pour satisfaire cet objectif, afin qu’ils participent, soit à des séances d’information dans les classes préparatoires des lycées, soit à l’information des entreprises en sollicitant le versement à l’Ecole d’une part de leur taxe d’apprentissage. En outre elle a participé à de nombreuses rencontres avec ses homologues d’autres grandes Ecoles, dans le cadre de son adhésion à la FASFID puis au CNISF, et y a toujours fait valoir la référence de l’Ecole. En particulier, il y a une quinzaine d’années, elle a patronné avec cette instance la nomination du premier ingénieur Européen de l’Ecole.

- Voyage AMITR en Egypte en 1983
- Ghislaine et René Lambert, Jacques Belloncle
Par ailleurs, en se rapprochant de Strasbourg et de l’Ecole dans les années 1980 et en y transfèrent son siège, l’Amicale a eu le souci d’apporter un plus grand soutien et une meilleure solidarité aux élèves - futurs anciens du lendemain -. Outre les nombreux témoignages d’anciens présentés aux élèves, l’Amicale, avec l’Ecole, a organisé progressivement l’information sur les offres d’emplois également à disposition des anciens en activité l’ayant demandée.
AMENGEES : Et maintenant, quelle est ta réflexion sur l’Amicale ?
J.B : Sur ces fondations des quarante dernières années, l’Amicale d’aujourd’hui à bien évolué. Si son organisation a peu changé, ses moyens et ses chantiers sont bien différents, et ses préoccupations sont souvent très liées à l’Ecole dans un étroit partenariat. Malheureusement, le nombre de ses adhérents stagne depuis une vingtaine d’années vers 400-450 malgré les nouvelles promotions dont le nombre d’élèves a doublé. Ceci peut s’expliquer partiellement par l’inévitable usure de la fidélité des plus anciens dont certains ne se retrouvent plus dans l’amicale, mais plus certainement par un nombre insuffisant d’adhésions de nouveaux anciens ou de leur renouvellement, malgré tous les efforts et actions développés par l’association. Il y a là un travail d’analyse et de réflexion important à conduire, en vue d’atteindre l’objectif d’une plus grande solidarité.

- Voyage AMITR en Cappadoce (Turquie) en 1979
P.-S.
Dans mon évocation du passé, je n’ai volontairement pas cité de noms d’artisans qui ont fait l’Amicale, car ils sont assez nombreux ceux qui ont voulu ou accepté, à des degrés certes différents, s’impliquer activement dans l’association. Ils ont souvent beaucoup payé de leur personne en n’espérant pas en retour autre chose qu’un enrichissement humain au contact de la sympathie et de l’amitié de l’autre.
